2024
Espaces sauvages, paysans arriérés : Modernisation et destruction de la paysannerie 
Auteur·rice : Dephine Hyvrier
Directeur·rice·s : Danièle Méaux, Pieter Uyttenhove
Discipline : Arts plastiques
Date de soutenance : 2024
Établissement : L' Université Jean Monnet-Saint Etienne
École doctorale : ED 484
Jury : Antonella Tufano (président·e), Gwenaëlle Bertrand, Corinne Jaquand
Rapporteur·euse·s : Antonella Tufano, Kenny Cupers
Financement : Bourse de thèse
Qualification CNU : 18
Pays de soutenance : France
Pays d'exercice : France
Résumé :
Cette thèse propose de considérer l’invention du mode de vie dit « occidental »ou « moderne » au prisme de la destruction de la paysannerie. Ce mode de vie s’estgénéralisé en France entre les années 1945 et 1965. Jusqu’alors la majorité des habitants du territoire français étaient paysans et vivaient d’une agriculture de subsistance.En l’espace d’une génération, ces cultures qui permettaient de vivre en fonction des ressources écologiques disponibles ont quasiment disparu. Cette époque de changements est accompagnée par l’essor de l’architecture et du design moderne, qui ont donné forme aux objets et espaces de ce nouveau mode de vie « moderne ». Puisque le monde que ces disciplines ont façonné s’avère être écologiquement et socialement insoutenable, il est nécessaire de comprendrela genèse de telles pratiques. Celle-ci est explorée par deux études de cas.Tignes, dans les Alpes et de Kourou, en Guyane française étaient des communautés paysannes. Au cours des années 1950-1960, ses habitants ont été expulsés et expropriés par l’État afin de construire de grands projets devant servir la modernisation de la France. Tignes a été noyé pour laisser place au lac du barrage du Chevril, alors le plus haut barrage d’Europe, Kourou accueilledésormais Centre Spatial Guyanais. Un relogement dans des habitations ditesmodernes a été proposé aux paysans expulsés. Cette transformation radicale de leurvie, de leur territoire, a été justifiée par les concepts de « progrès », de « développement » et de «modernité ». Enquêter sur le changement vécu par ces habitants permet de comprendre la réorganisation politique et écologique qu’a constitué cette rapide conversion des paysans au modede vie « occidental ». Seule une minorité a pu tirer bénéfice de ces projets, et les conséquences sociales et écologiques sont à moyen et long terme catastrophiques. Les inégalités exacerbées et la dégradation extrême des milieux écologiques locaux invalide les promesses de « développement ». Ce constat implique de confronter le projet moderne et ses pratiques à son héritage extractiviste et l’idéologie coloniale suprémaciste le sous-tendant.Retracer comment ont été oubliées les cultures paysannes fait alors considérer le design et l’architecture modernes comme des processus créatifs par lesquels on détruit en construisant. L’exclusion et l’altéricide sont des modes de construction, l’architecture et le design peuvent être des outils d’amnésie collective.